Étang de Thau : Faut pas jouter avec ça !

À 30 km de Montpellier, l'Étang de Thau dévoile une Méditerranée secrète : dégustations d'huîtres à Bouzigues, joutes nautiques spectaculaires à Sète et Fête des Pêcheurs à Mèze. Un coin de Languedoc hors des sentiers battus.

Étang de Thau : Faut pas jouter avec ça !

Christian Ferrer, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons


Encadré par la ville animée de Sète et l’ancien port de Marseillan, l’Étang de Thau est l’endroit rêvé si vous cherchez une escapade près de la Méditerranée, sans être au bord de la mer. Vous adorerez aussi cette mer intérieure si vous avez un faible pour les huîtres, les moules et le vermouth — ou si l’observation des hippocampes tachetés et des flamants roses est plus votre style. Avec de nombreuses possibilités de snorkeling, de paddle et de kayak, les pentes douces de la lagune en font également un terrain d’aventure sûr pour les plus jeunes.

Mais surtout, si ma femme et moi avons été attirés (à nouveau) par l’Étang de Thau, c’est parce que, eh bien… elle éprouve un plaisir étrange à voir des hommes d’âge mûr — certains plus ronds que d’autres — envoyer d’autres hommes d’âge mûr valdinguer tête la première dans la mer d’un bleu profond… mais j’y reviendrai.

J’ai découvert l’Étang de Thau pour la première fois avec ma compagne un été, tout simplement parce qu’il est d’une praticité remarquable lorsqu’on séjourne à Montpellier : il n’est qu’à 30 km et, si comme nous vous n’avez pas de voiture, des trains et des bus longent le rivage.

L’un des moments forts de ce premier mois de juillet fut d’embarquer à bord du bateau-bus bleu ciel pour glisser sur la lagune, du front de mer de Mèze jusqu’à Sète. Notre objectif ? S’imprégner de l’atmosphère vibrante de l’Ostrea Fiesta, un festival de l’huître animé, débordant de dégustations, de musique live et de feux d’artifice. Nous avons mangé et dansé toute la nuit lors d’une fête de rue surplombant l’étang (je ne suis plus très sûr de la façon dont nous sommes rentrés — mieux vaut organiser cela à l’avance si vous envisagez le déplacement !).

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Photo by Anastasiia Mitiushova on Unsplash

Séduits par la culture locale, profondément ancrée dans la mer et la pêche, nous sommes retournés à Mèze — toujours aussi simple et sans prétention — l’été dernier, cette fois avec les enfants, pour la Fête des Pêcheurs. Cette célébration annuelle en l’honneur de saint Pierre, patron des pêcheurs et des marins disparus en mer, fait partie de ces événements locaux que, pour une raison obscure, les guides touristiques survolent (ou ignorent totalement).

Nous nous sommes contentés d’observer depuis la terre ferme les marins déposer solennellement leurs gerbes de fleurs sur l’eau, mais si vous êtes assez rapide, vous pouvez embarquer gratuitement sur l’un des bateaux pour assister au spectacle en mer. Puis nous avons suivi le cortège coloré, mené par des musiciens en marinière, serpentant de la chapelle des Pénitents jusqu’au port, tandis que les bannières des différentes confréries de pêche claquaient au vent. Mais le moment phare — du moins selon les enfants (et qui suis-je pour les contredire ?) — fut la vision d’une troupe de marins costauds portant sur leurs épaules une barque en bois supportant saint Pierre — fier, droit et drapé de sa robe. (À l’ère des fake news, je précise qu’il s’agissait d’une statue de saint Pierre, et non du véritable saint…)

Sentant que les enfants avaient un goût certain pour l’étrangeté, nous avons décidé de prolonger notre séjour jusqu’en août afin de plonger dans une autre tradition délicieusement déjantée : le tournoi de joutes nautiques de Sète — soyons honnêtes — totalement fou, complètement hors du commun.

En résumé, deux grandes barques à rames, parées aux couleurs de leur équipe et propulsées par une douzaine de rameurs, foncent droit l’une sur l’autre. Vêtu d’une chemise et d’un pantalon blancs, perché au sommet d’une haute plateforme, le jouteur tente de désarçonner son adversaire avec sa lance. Et puis — plouf ! — l’un d’eux est projeté de manière spectaculaire dans l’eau. Comme si cela ne suffisait pas, deux musiciens installés à la proue de chaque embarcation jouent un accompagnement au hautbois et au tambour, tandis que la foule rugit depuis les gradins bondés. Comme vous peut-être, nous nous sommes demandé comment le reste du monde pouvait ignorer l’existence de ces joutes nautiques aussi rapides que physiques.

Ouf… il est temps de manger après tant d’émotions ! Je recommande deux spécialités sétoises : la tielle, une sorte de tourte ronde garnie de poulpe et de tomate, ou la macaronade (plus sûre pour les enfants), une version locale des pâtes aux boulettes de viande.

Vous découvrirez vite que l’Étang de Thau regorge d’adresses où savourer des fruits de mer fraîchement pêchés, des cabanes sans chichis aux restaurants à nappes blanches. Voici un secret d’initié : les repas les plus mémorables n’apparaissent souvent jamais sur la carte. Certains établissements en bord d’eau réservent discrètement quelques trésors hors menu à ceux qui savent demander — moules grillées, couteaux ou ce que les bateaux ont ramené à l’aube. N’hésitez pas à poser la question !

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Photo by Najib Chari on Unsplash

Vous vous demandez où loger ? Bouzigues est un petit village de pêcheurs plein de charme, sur la rive nord, offrant une vue imprenable sur la lagune, encadrée par « des collines où / rangées / de tables ostréicoles se déploient / sur une mer indigo », comme l’écrit l’un de mes poètes préférés. En choisissant Les Lofts de Bouzigues, vous pourrez prendre votre petit déjeuner au bord de la piscine (ou même dans votre jacuzzi privatif) avant de partir explorer ce patchwork de hameaux de pêcheurs.

Nous retournerons à Bouzigues cet hiver, lorsque la vie adopte un rythme plus doux, avec moins de foule, des rives plus silencieuses et le temps de s’émerveiller devant les aquariums vivants du musée de l’Étang de Thau. Le vent de tramontane ne nous fera pas peur non plus ; même s’il est parfois violent et glacial, le ciel sera bleu et le soleil éclatant. Nous comptons aussi passer par la vénérable maison de vermouth Noilly Prat à Marseillan. Et peut-être, avec la région presque pour nous seuls, entendrons-nous les cloches inquiétantes résonner depuis les profondeurs de la lagune, souvenirs du village englouti et maudit que chaque pêcheur jure avoir aperçu…

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David Winter

Expert local