Quand vous pensez à la Normandie, qu’est-ce qui vous vient à l’esprit ?
De longues plages de sable bordées de dunes balayées par les vents ? Un patchwork de haies bocagères, de prairies, de vergers et de pâturages ? Ou peut-être le Mont-Saint-Michel, les falaises d’Étretat, la cathédrale de Rouen ?
Et si je vous parlais plutôt de crêtes acérées, d’affleurements rocheux, d’étroites gorges boisées et de ruisseaux paisibles serpentant au fond des vallées ? Un paysage presque alpin où chênes et hêtres s’accrochent à des pentes qui semblent défier les lois de la gravité ?
C’est cette autre facette de la Normandie, à une trentaine de kilomètres à l’intérieur des terres depuis Caen, que j’aimerais vous faire découvrir : la Suisse Normande, à cheval sur les départements du Calvados et de l’Orne.
Ce coin secret du nord de la France porte le nom de Suisse Normande depuis le XIXe siècle. Pourtant, encore aujourd’hui, cette région vallonnée et sauvage reste méconnue de nombreux Français. Imaginez une Suisse en miniature, plus douce et plus accessible — son point culminant ne dépasse pas les 400 mètres — mais avec une bonne dose de caractère normand : cidreries, crêperies et authentiques bistrots où l’on sert des bières artisanales aux noms évocateurs comme Conte & Fleurette ou Ça sent le sapin.
Pour mesurer toute la richesse de la région, direction La Roche d’Oëtre, un spectaculaire escarpement rocheux qui plonge sur près de 120 mètres dans les gorges en contrebas. En vous penchant au-dessus du vide pour observer la Rouvre se faufiler en méandres au milieu d’une vallée densément boisée, vous devrez presque vous pincer pour vous rappeler que vous êtes bien en Normandie.

Pour aller encore plus loin dans cette découverte de ce paysage aux allures de montagne, téléchargez l’application « Mystères à la Roche d’Oëtre » et laissez Orlith, le plus bavard des lézards verts de la Roche, vous servir de guide. Les enfants sauront-ils repérer « l’Homme dans la roche », dissimulé dans le granit ? Oseront-ils s’aventurer dans la mystérieuse Chambre aux Fées, en contrebas ? Si oui, attention à ne pas les y oublier… nous avons bien failli le faire !
Plus sauvages encore (et à seulement une vingtaine de minutes en voiture), les Rochers des Parcs forment une longue barre dominant un méandre de l’Orne. Vous pouvez emprunter l’un des sentiers qui traversent des landes sèches et des bois, en gardant l’œil ouvert pour repérer la délicate bruyère cendrée et les lézards des murailles se prélassant au soleil.
Ou, mieux encore à mon avis, dirigez-vous vers le nord en longeant la rive verdoyante, avec la rivière à votre droite et les falaises à votre gauche. Après le Pont du Vey, vous arriverez à une guinguette installée directement au bord de l’eau : La Paillote Suisse Normande. Vous ne serez probablement pas les seuls à avoir eu cette idée, il faut bien l’avouer, mais les enfants pourront profiter des jeux gonflables, tandis que vous apprécierez la vue, sans parler de la délicieuse cuisine.
Pour ceux qui recherchent encore davantage de tranquillité, je recommande le ravin encaissé des Gorges de Saint-Aubert, avec son ruisseau vif et bouillonnant, au départ de Putanges-le-Lac.
La Suisse Normande se découvre aussi à vélo. La route longue distance La Vélo Francette suit un magnifique tronçon de la vallée de l’Orne, en passant notamment par l’échelle à poissons de Pont-d’Ouilly et l’excentrique vélorail de la gare de Pont-Érambourg.
Mais la Suisse Normande ne se résume pas à la marche, à la randonnée et au vélo. On peut aussi profiter de la rivière en kayak, en canoë ou en stand-up paddle… voire en pédalo !
Pas assez aventureux à votre goût ? Cette région est un véritable terrain de jeu où l’adrénaline prend de la hauteur. Les Rochers des Parcs comptent plus de 100 voies d’escalade, adaptées à tous les niveaux — davantage que dans nombre de villages alpins. Et au Centre de Pleine Nature Lionel Terray, les enfants et les adolescents peuvent s’initier à l’escalade grâce à des stages de découverte.
Et puis il y a la via ferrata de la Cambronnerie, qui suit les rives de l’Orne juste à la sortie de Clécy (nous reviendrons dans un instant sur la « capitale » de la Suisse Normande). Ce parcours de 250 mètres est aussi spectaculaire qu’enthousiasmant : outre une traversée sur poutre, il comprend plusieurs passerelles vertigineuses et un « pont de singe », le tout à 70 mètres de hauteur ! N’oubliez toutefois pas de téléphoner à l’avance : nous avons constaté que les horaires d’ouverture peuvent être quelque peu « aléatoires » !
Vous en redemandez ? Alors lancez-vous sur la tyrolienne géante de 400 mètres, qui vous fera traverser la vallée en direction du monumental viaduc de Clécy, construit dans les années 1860. Avec ses neuf élégantes arches de pierre, il domine majestueusement l’Orne.
Si, comme moi, vous préférez les plaisirs plus terre à terre, le Château Ganne, perché sur une crête rocheuse au cœur de la Suisse Normande, devrait être votre prochaine étape. Entouré de vallées secrètes, de prairies et de zones humides, cet ancien château fort normand est aujourd’hui un refuge pour la faune sauvage, au cœur d’un paysage merveilleusement préservé qui semble appartenir à un autre monde.
En somme, on se croirait davantage devant les ruines oubliées d’un royaume fantastique que devant un château français traditionnel. Pour découvrir la légende du Château Ganne, ne manquez pas la visite théâtralisée et décalée, menée par une comédienne de talent — un spectacle aussi amusant pour les adultes que pour les enfants !
Avec ses maisons de pierre et ses ruelles tranquilles, le paisible village de Clécy, au bord de l’Orne, mérite lui aussi une halte. On y trouve Le Monde Miniature, un immense réseau ferroviaire miniature d’une précision incroyable, ainsi qu’une luge sur rail et du tubing en été.
Mais nous vous conseillons plutôt d’explorer les sentiers dissimulés sous les arches du viaduc, où vous pourrez longer la rivière dans un calme presque absolu tout en observant les grimpeurs évoluer sur les Rochers des Parcs.
Autre possibilité : rejoignez les habitants au printemps pour admirer les floraisons en vous promenant dans les vergers de pommiers cachés entre Clécy et Le Vey.
Le Musée André Hardy est une excellente façon de terminer un tour de la Suisse Normande. Hardy, « fils de l’impressionnisme », a vécu à Clécy, où il a peint avec passion toutes les facettes de la Suisse Normande : des affleurements rocheux sculptés par l’érosion aux ruisseaux sinueux, en passant par les prairies d’un vert éclatant. Dans tous les cas, essayez de mettre la main sur le guide très instructif publié par le musée : Suisse Normande… Au cœur de l’impressionnisme (et désolés si nous avons pris le dernier exemplaire !).
Que vous soyez amateur de randonnée, de sensations fortes, de vélo, de rivière ou simplement de paysages préservés, la Suisse Normande a de quoi vous surprendre. Une Normandie secrète, pleine de caractère, où l’on vient pour prendre de la hauteur — et où l’on repart avec l’impression d’avoir découvert un petit bout d’ailleurs.