Il serait dommage de visiter le Quercy sans passer par Rocamadour et le gouffre de Padirac, qui valent vraiment le détour. Mais si tu as besoin de calme et de sérénité après avoir croisé des hordes de touristes, je te propose une balade tranquille entre le causse et la vallée : à partir du village de Gintrac, gravir le chemin qui mène aux mystérieuses ruines de Taillefer et prendre de la hauteur pour admirer la Dordogne.
Du causse à la vallée : La jolie route Padirac-Gintrac
Le calme et la sérénité reviennent aussitôt que l'on quitte le gouffre de Padirac. Il faut prendre la départementale 60, en direction de Gintrac.
Entre chênes et pierres blanches, la route serpente dans le paysage aride du causse de Gramat. Prends le temps d'admirer les murets en pierres sèches qui délimitent les parcelles. Si tu es attentif, près du carrefour avec la route Miers, sur ta gauche, tu pourras voir une adorable petite cabane de berger, qu'on appelle ici « gariotte ».
Quand la route commence à descendre, regarde bien sur ta gauche : entre deux virages, tu auras l'occasion de découvrir ce qui est à mon sens la plus jolie vue sur la Dordogne qu'on puisse trouver dans la région.
En contrebas, elle ondule gracieusement dans la vallée bien verte, en contraste direct avec les terres couvertes d'herbe sèche que tu es en train de traverser. Et derrière ses beaux méandres sinueux, dans ce paysage que l'eau de la rivière rend souvent brumeux, se dresse une impressionnante forteresse médiévale, dont les pierres arborent une jolie nuance de rose : le château de Castelnau-Bretenoux.
Une halte rafraîchissante au village de Gintrac
Arrivé à Gintrac, gare-toi sur la petite place, à droite de la route. Tu trouveras un peu de fraîcheur du côté du lavoir. S'il fait beau mais pas trop chaud, tu peux t'installer sur le banc à côté du ruisseau pour pique-niquer, ou juste faire une petite pause et te délecter du murmure de l'eau. Tu croiseras peut-être un ou deux habitants du village, mais je peux te garantir que sur cette paisible petite place, tu ne seras pas gêné les foules.
Une fois que tu t'es ressourcé, remonte l'impasse du Causse et admire au passage les jardins et les belles maisons en pierres claires avec leurs pigeonniers élancés.
Tout en haut, sur la droite, il y a un ancien four à pain. Dépasse-le et engouffre-toi dans le chemin.
À l'ombre des grands chênes, le chemin des ruines
Attention, ça grimpe sec.
Une fois arrivé au bout du chemin, traverse la route que tu as empruntée en voiture et dirige-toi vers le calvaire, c'est-à-dire la croix de pierre, qui marque l'entrée d'un autre sentier.
Au passage, prend le temps d'admirez la belle et grande maison qui jouxte le chemin, avec son pigeonnier qui se dresse, isolé, comme le seul vestige d'un bâtiment que le passage du temps a fini par effacer.

La première partie du chemin est difficile : la pente est raide. Mais en haut, tu trouveras un peu de fraîcheur à la fontaine qui s'écoule dans un lavoir creusé à la même le sol, beaucoup plus rustique que celui du village.
À droite de la fontaine, si la végétation n'est pas trop luxuriante, tu devrais trouver une cavité creusée dans le rocher. Les anciens disent que c'est un souterrain qui menait jadis au château. Personnellement, même quand j'étais petite, je n'ai jamais essayé d'y entrer (je suis un peu claustro).
Tu as dû reprendre ton souffle, maintenant, alors tu peux continuer jusqu'aux ruines. La pente est moins raide, promis. Et si tu ne sais pas ce que c'est qu'un chemin de pierre, tu vas le découvrir tout de suite, en prenant le sentier qui tourne en épingle à cheveux derrière la fontaine.
Poursuis ta route entre les grands chênes qui ont donné son nom à la région du Quercy (quercus, en latin, signifie « chêne »). Tu apprécieras certainement l'ombre qu'ils t'apportent en été, ou les couleurs flamboyantes qu'ils arborent en automne.
Entre les pierres blanches du causse, plus près du sol, tu trouveras aussi quelques prunelliers dont tu pourras goûter les fruits à la fin de l'été. Attention, la saveur des prunelles est particulière : très amère et seulement légèrement sucrée. C'est peut-être un « acquired taste », comme disent les Anglo-saxons, un truc que l'on n'apprécie que quand y a été habitué très jeune, mais personnellement, j'aime bien.
Les mystérieuses ruines de Taillefer
Lève la tête en haut du chemin : les ruines se détachent devant toi.

Il ne reste plus grand-chose de ce château du XIIIème siècle. Au sud, sous les voûtes en berceau, on peut encore voir des archères, interstices en forme de croix qui permettaient de tirer à l'arc ou à l'arbalète. Côté nord, on peut voir les vestiges d'une cheminée, dont il subsiste les chapiteaux.
Comme il n'existe que très peu d'archives sur le château, toutes sortes d'hypothèses ont été émises pour expliquer sa fonction. Il aurait été une mystérieuse possession de l'ordre des Templiers, ou bien encore, comme le rocher sur lequel il se dresse est nommé « roc de Saint-Lazare », une léproserie appartenant à l'ordre des Hospitaliers.
L'explication la plus communément admise, cependant, est qu'il occupait une fonction défensive : il aurait servi à surveiller et contrôler le commerce d'une denrée précieuse pour la conservation des aliments au Moyen-âge, le sel, alors transporté sur des bateaux plats nommés gabares qui remontaient la Dordogne pour approvisionner le Quercy et le Limousin.
Une vue panoramique sur la vallée
Quoi qu'il en soit, comme tu as pu le constater, le château occupe une place stratégique. De là où tu te trouves, tu as une vue imprenable, je dirais même panoramique, sur la Dordogne. Et si tu as un peu mal aux mollets après avoir monté la pente, quand tu vois ça, tu te dis que ça en valait largement la peine.

Les anciens disent que, depuis les ruines, on peut voir « trois châteaux et sept clochers ». Pour ce qui est des châteaux, tu distingueras nettement celui de Castelnau-Bretenoux avec ses massives tours roses, que tu as déjà aperçues en descendant la route de Gintrac. Plus loin, à droite, se dressent aussi les Tours-Saint-Laurent, autre forteresse médiévale. Et si le temps est clair, tu devrais pouvoir voir en contrebas de cette dernière le château de Montal, qui, lui, date de la Renaissance.
Pour ce qui est des clochers, je n'ai jamais essayé de les compter, mais il est vrai qu'on distingue ceux de plusieurs églises, ainsi que les jolis petits villages qui sont autour. « Et au milieu coule une rivière »...
Il faut faire un peu d'efforts pour le mériter, et c'est ce qui explique sans doute que le lieu soit si peu fréquenté, mais c'est un vrai paysage de carte postale, loin des sentiers battus, dans un cadre calme et paisible, mystérieux, presque féérique, un endroit où l'on peut rester tranquille autant que l'on veut pour admirer la beauté de la nature, ou pourquoi pas méditer un peu.
