Bretagne Nord : Paimpol, Carantec et Carnac, entre mer, légendes et menhirs

Un voyage en famille au cœur du nord de la Bretagne, de l'histoire maritime de Paimpol aux mystérieux alignements de Carnac.

Bretagne Nord : Paimpol, Carantec et Carnac, entre mer, légendes et menhirs

Rüdiger Wölk , CC BY-SA 2.5, via Wikimedia Commons

Ils prévoyaient de rouler les tonneaux jusqu’à la grève à la faveur de la nuit, et je pouvais presque goûter le sel, le tabac et l’alcool portés par la brise marine. J’étais sur les traces du plus redouté gang de contrebandiers de Paimpol, prêt à bondir. Mais il y avait aussi de la rébellion dans l’air : mon équipe de douaniers avait repéré un vendeur de glaces sur la plage, et Maman a fini par céder : « Bon, d’accord… »

C’est au cours de vacances en famille en Bretagne, lorsque j’étais petit, que je suis tombé amoureux de cette région. Pas seulement du minuscule port de Bréhec ou des falaises de la pointe de Minard. Pas seulement des coquilles Saint-Jacques, des huîtres ou du kig ha farz. Plus que tout, c’est le passé maritime de la région et la pêche au large des eaux lointaines qui m’ont happé au point de passer des heures à dénicher des ouvrages aux titres évocateurs comme Les Guerres de la Morue : Paimpol et les pêches islandaises ou même Morue : biographie du poisson qui a changé le monde !

Des années plus tard, j’y suis revenu avec ma propre famille, heureux de leur faire découvrir les lieux qui avaient marqué mon enfance. Si je peux vous attirer dans ce coin de Bretagne, choisissez Paimpol un mardi, ce port tranquille du Goëlo, posé entre Saint-Brieuc et l’archipel de Bréhat. Commencez par le marché, où poissonniers et ostréiculteurs se côtoient, puis installez-vous pour une douceur ou une galette au familial Le Penn Ty, à deux pas du port et des halles. Après la sieste, préparez-vous à un voyage à Terre-Neuve et en Islande… mais j’y reviendrai.

L’île de Bréhat, à quinze minutes de ferry, mérite au moins une demi-journée. Les plantes exotiques y prospèrent, et des kilomètres de sentiers sauvages n’attendent que vos pas. Avec un peu de chance, vous apercevrez un petit cirque de macareux en marchant vers le phare du Paon, tout au nord, ou en pédalant jusqu’à la modeste chapelle Saint-Michel. Et lorsque le soleil décline, même les enfants se taisent un instant : les affleurements de granit rose prennent alors une teinte plus profonde, presque irréelle.Phare du Paon, Île de BréhatGzen92, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

De retour sur le continent, le Festival du Chant de Marin s’empare des quais de Paimpol un an sur deux en août : chœurs de marins, grands voiliers et bateaux patrimoniaux affluent du monde entier. Cet héritage maritime est profondément ancré. Les enfants imaginaient facilement ce que le port avait pu être autrefois. Au XIXᵉ siècle, il armait chaque printemps des flottilles de goélettes morutières pour des campagnes de six mois dans les eaux islandaises ; en 1895, Paimpol comptait près de 80 goélettes islandaises.

Bien avant ces campagnes nordiques (certains disent même avant que Colomb ne « découvre » l’Amérique), Paimpol envoyait déjà ses navires vers les grands bancs de Terre-Neuve, revenant avec jusqu’à 300 tonnes de morue salée : la récompense chèrement gagnée de mois passés dans des eaux parmi les plus rudes du monde.

Cet héritage se lit partout à Paimpol, comme nous l’a expliqué une excellente guide de l’office de tourisme un mardi d’été, juste après la sieste post-marché. Une grande partie de cette histoire est rassemblée au Musée de la Mer, avec ses journaux de bord, maquettes et instruments de navigation, ainsi que dans les anciens chantiers navals de Kérity.

Le commerce de la morue a fait naître une classe d’armateurs aisés à Paimpol, dont les traces sont visibles partout : les noms de rues — rue des Islandais, rue de l’Amiral Lacaze, quai Morand — intriguent les enfants, qui cherchent les histoires derrière chaque panneau. Et puis il y a ces hautes façades de granit qui dominent le port, avec leurs portes massives, leurs motifs de cordages et leurs ancres sculptées, que l’on s’amuse à repérer en levant la tête.

Beaucoup d’anciens entrepôts abritent aujourd’hui galeries et cafés ; Café Théodore, sur le quai Morand, est l’un de nos préférés. Les façades colorées du quai Duguay-Trouin et de Kernoa rappellent même l’architecture islandaise, clin d’œil discret aux liens entre Paimpol et le nord volcanique.

Les poulieurs, cordiers, savetiers, forgerons (et même les cidriers !) vivaient tous de la morue. Mais pour les hommes qui prenaient la mer, cette richesse avait un prix terrible. Nous avons visité le cimetière de Ploubazlanec, où le Mur des Disparus rend hommage aux 120 goélettes et 2 000 marins perdus en mer. Plus émouvante encore, la Croix des Veuves, où les femmes attendaient le retour des Islandais, guettant l’horizon dans l’espoir de voir surgir une voile.

Ouf, après toute cette histoire (que les enfants ont adorée : « C’est loin, l’Islande ? Environ 2 500 km en goélette. Et Terre-Neuve ? Plutôt 4 500 km »), nous avons filé vers une pause plus douce le long du littoral parsemé d’îlots de Carantec.

Quelle plage recommander ? Sans hésiter, la plage du Kelenn. Elle a tout pour plaire aux enfants : une grande étendue de sable blond, des rochers à explorer, une mer pas trop agitée et même un plongeoir fantastique. Quant à nous, les adultes, nous avons suivi les locaux jusqu’à Paradiso Plage pour des huîtres et du cidre breton… et on vous conseille d’en faire autant !

En laissant à regret les plages paisibles de Carantec, cap vers un tout autre paysage : celui, minéral et mystérieux, de Carnac. Les 3 000 menhirs de Carnac, parfaitement alignés et grossièrement taillés, s’étirent sur quatre kilomètres. Le géant du Manio domine l’ensemble, nous l’avons estimé à presque six mètres de haut, écrasant de sa stature ses compagnons vieux de 6 000 ans. Comme nous, accroupissez-vous dans l’herbe et regardez le long des rangées : les menhirs se redressent soudain, beaucoup plus hauts, comme si vous étiez redevenu un enfant perdu dans une forêt de géants !

Notre conseil pour visiter les alignements de Carnac est simple : venez en hiver, laissez votre téléphone dans votre poche et laissez votre imagination vagabonder. Culte des morts ? Observatoire solaire ? Calendrier pour l’agriculture ? Comme mes enfants, j’étais secrètement séduit par la légende selon laquelle il s’agirait d’une armée romaine pétrifiée, figée en un instant de malédiction.

De Paimpol et ses voiliers de la grande pêche à Carantec et ses plages reposantes, jusqu’aux pierres millénaires de Carnac, le nord de la Bretagne offre un mélange idéal pour les adultes comme pour les petits : histoire, détente, mystère et gastronomie (sans même parler des célèbres galettes — et si vous vous demandez ce qu’est le kig ha farz, c’est tout simplement le pot-au-feu breton). Un littoral qui récompense la curiosité, l’imagination et l’envie de suivre les histoires que la mer murmure encore.

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David Winter

Expert local

Conseils des hôtes locaux

FL

Francoise L.

À 16 km

« Ile de Bréhat »

Une ile à faire à la journée en marchant ou en louant des vélos sur place. La flore est exceptionnelle et les petites maisons en pierre sont magnifiques. Pas de véhicules.